Nouvelle courte

Bienheureuse, je regarde ma fille assise sur une chaise-longue à côté de la mienne, dans le jardin de ma maison landaise. Celle-ci est située en bas des dunes, dans une clairière perdue au milieu des bois, à une cinquantaine de kilomètres du premier village. Nous y passons l’été. La nuit est tombée et sera exceptionnellement longue. Il souffle un vent léger. Le ciel noir d'août est couvert de quelques nuages. Le pays est plongé dans l’obscurité presque totale.

Tout à l’heure, j’ai vu le visage de Sophie s’illuminer d’un sourire, lorsque je lui ai porté son gâteau d’anniversaire et qu’elle a soufflé ses dix bougies, passé minuit.. A la fin du repas, nous avons joué un moment avec les cadeaux qu’elle a soigneusement déballés, sans déchirer les jolis papiers qui les enveloppaient. Elle était ravie. Le gâteau au chocolat était délicieux, la viande pas trop cuite. Après avoir débarrassé la table, j’ai éteint les lumières de ma villa, allumé une petite chandelle et nous sommes allées goûter la fraîcheur dehors. Tout s’est déroulé comme je l’avais prévu. On distingue seulement les masses sombres du cordon dunaire qui dessinent des courbes sur l’horizon noir. Derrière, l’océan gémit. L’odeur marine se mêle à celle des arbres, des résines s’écoulant dans les pots fixés aux bas des abiétacées par les gemmeurs qui exercent toujours leur métier dans ce coin de la région, des fougères et des landes à callune en parfumant agréablement l’environnement. Autour de nous, les pins s’alignent en demi-cercle opaque, ouvert sur les dunes. Ma petite joue avec sa poupée. C’est le moment ! Un joli feu d’artifice doit clôturer cette fête intime. Je vais chercher les fusées cachées à quelques mètres, derrière les fagots, au pied du mur de ma villa. Je les dispose sur un talus de sable, dissimulé à côté des tas de bûches, la pointe tournée vers l’Atlantique et je les allume.

Quelques étincelles courent le long des mèches, puis s’éteignent. Surprise, j’ouvre au maximum mon allume-gaz pour obtenir une flamme plus forte. Mais, les cordes des fusées ne s’enflamment toujours pas. Pas étonnant, elles sont humides. Je les pose alors sur un plat en pyrex, placé lui-même sur le barbecue installé à quelques mètres de nos chaises et dont la cendre est encore rouge. Avec mon portable, j’appelle le magasin le plus proche encore ouvert. Ils n’ont pas ce genre de produit, je raccroche. De toutes les façons, cela ne sert à rien, ils sont bien trop loin de chez nous. Peu importe, je vais quand même faire ce festival pyrotechnique, qui ne manquera pas d’embellir le ciel et d’éclairer le beau vélo posé contre un mur, caché par la nuit en attendant que mon petit ange le trouve.J’avais bien organisé cette surprise. Je ne veux pas échouer. Heureusement, ma Sophie qui a toujours l’habitude d’explorer les endroits cachés, n’a pas encore découvert la bicyclette. Stressée, j’appelle successivement plusieurs hôtels. Pas l’un d’entre eux ne possède des chandelles romaines. Sur le barbecue, les fils semblent bien secs maintenant. Je dispose de nouveau mon arsenal pyrotechnique sur le monticule en sable, aménagé spécialement pour cela. Ma petite fille peigne longuement sa poupée sans prêter attention à moi. J’essaye d’allumer ces satanées mèches. Mais rien à faire, elles ne prennent pas. Enfin si, une étincelle semble s’accrocher sur l’une d’entre elles. Elle court le long de la tige de la fusée, puis meurt. Je répète l’opération. Cette fois, je souffle dessus pour envoyer de l’oxygène, je me ravise et je prends une grosse poignée de fines branches. Cela va marcher, j’éteins la chandelle. Plongée dans le noir, je fais brûler les tiges et fouette l’air avec les branchages pour permettre à la combustion de s’activer grâce à l’oxygénation produite par ce système manuel de ventilation en même temps, mais les feux ne s’allument pas.

" Mince, je m’écrie alors, dommage, j’ai raté ! »

-Mais maman, pas du tout, il est très beau ton feu d’artifice ! ", me réplique mon petit ange contemplatif qui se tient debout devant moi, en suivant du regard, avec un sourire ébahi, les étincelles jaillissant de la mèche trempée dans la flamme de mon allumoir, rebondissant dessus et s’envolant vers le ciel .

Heureuse et surprise, comme elle, je lève les yeux et découvre les Perséides. Nous poussons à l’unisson une exclamation d’émerveillement à la vue des les larmes d’or et d’argent de Saint Laurent se déversant sur la lande. C’une pluie de météores. Des étoiles filantes glissant au-dessus de la forêt, viennent périr au-dessus de nos têtes en ricochent sur les cieux. Elles se confondent sur le ciel avec les étincelles qui virevoltent dans l’air près de nous.

@ Jezabel Massy

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